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Écrire de Marguerite Duras - réflexions

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Livre étrange qu’est Écrire de Marguerite Duras. Je dois le confesser, je n’ai jamais lu les romans de Marguerite Duras. J’ai eu envie de découvrir Écrire tout simplement car celui-ci traite de l’auteure et de son rapport à l’écriture.

Dans sa version poche éditée chez Folio, on retrouve donc son essai Écrire, mais aussi 4 autres petites histoires qui illustrent (sans doute) les propos de la première. Je ne vais me concentrer que seulement sur Écrire qui est pour moi la base, le socle, le texte majeur du livre.

Écrire est particulier. Il est particulier car c’est un texte brut, écrit probablement d’un trait, et avec la force du désespoir et de la tristesse. Ce texte transpire l’abandon, la folie et la confusion. On a par moments des passages très intelligents, cohérents et très justes à propos de l’écrivain et de son rapport aux mots, à la solitude, et puis juste après, on se retrouve avec des phrases décousues, presque en désordre, couchées dans la même folie où semble s’être perdue son auteure. La solitude a pesé lourd sur les épaules de Marguerite Duras même si c’est elle-même qui se l’est infligée. Parfois on croirait lire les adieux d’une âme esquintée, trop fatiguée pour terminer une phrase.

Pour aller plus vite, et pour illustrer au mieux pourquoi j’ai apprécié Écrire, je vous partage les citations qui sont pour moi, des vérités et des remarques pleine de sens.

Il faut toujours une séparation d’avec les autres gens autour de la personne qui écrit des livres.

Cela explique sans doute pourquoi depuis deux ou trois ans maintenant, je cherche un maximum du temps seule. Sans ces moments de solitude, j’ai l’impression que mes pensées, mes réflexions n’arrivent pas à exister, à émerger. Les moments de contemplation sont aussi très importants. Je ne vois pas comment avec un esprit occupé en permanence, on peut développer une (ou plusieurs) idée et stimuler son imaginaire. Il faut réfléchir pour écrire. Un peu comme un alpiniste qui prépare ses chaussures, son sac, son eau, sa tenue de montagne, avant de grimper des kilomètres de montagnes. Nos réflexions c’est un peu comme notre équipement de trekking. C’est notre matériel nécessaire à notre ascension.

Je ne parlais de ça à personne.

Difficile d’échanger avec quelqu’un autour du livre que l’on écrit. Parce que le livre en cours d’écriture n’existe pas. Il n’est pas tangible. Il est en train de prendre forme à l’intérieur de l’écrivain. C’est un peu comme raconter un rêve. Quand vous le vivez, il vous semble être clair, limpide, réel. Vous ne le remettez pas en question, il existe. Mais une fois sorti de la torpeur, il devient flou, fantomatique, il devient difficile de le raconter, personne ne le comprendra, personne ne verra ses images.

La solitude, ça veut dire ça aussi : Ou la mort ou le livre.

Cela me rappelle mon dernier post “Écrire pour trouver un sens à la vie”. Écrire c’est remplir. C’est à l’opposé du vide, du blanc, du rien. Alors oui, on pourrait le dire de cette façon “la mort ou le livre”. Chez moi c’est plutôt “le vide ou les mots”.

C’était sans doute simplement que j’étais déjà, un peu plus que les autres gens, fatiguée de vivre. C’était un état de douleur sans souffrance.

Difficile d’expliquer pourquoi je trouve ces phrases justes. Écrire c’est dire. Et c’est dire vrai. Alors il vaut mieux avoir des choses à raconter sinon le livre va paraître bien ennuyeux… ou pire encore, vide ! Alors il faut “toute une vie” pour le remplir. Il faudrait pouvoir écrire après la mort, mais inutile de vous expliquer pourquoi c’est impossible. Alors l’écrivain doit contenir tellement de vieS en lui pour pouvoir les raconter que parfois c’est fatiguant. Il faut pouvoir raconter la vie de Rachel, d’Eva, de Nick… de tous ces gens qui ont vécu, souffert, qui ont été heureux et tristes. Et tous ces souvenirs pèsent lourd. Il faut pouvoir accepter être plusieurs à l’intérieur, même s’ils prennent de la place et de l’énergie.

Ça rend sauvage l’écriture.

Je ne sais pas si ça rend ou si c’est la personne sauvage qui écrit. Mais oui, écrire c’est un travail solitaire, presque égoïste, qui n’appartient qu’à la personne qui le vit. Ce sont nos mots, nos émotions, nos pensées et les offrir, les abandonner à l’autre c’est parfois un crève-coeur. Alors il faut apprendre à desserrer les griffes et accepter que les autres peuvent peut-être aussi les comprendre, se les accaparer. Finalement, ce n’est pas ce qu’on cherchait avant de poser le premier mot sur la page blanche ?

Écrire quand même malgré le désespoir. Non : avec le désespoir.

Cette phrase me rappelle celle-ci “écrivez ce livre comme si c’était votre dernier”. Parce qu’en partant de cette idée, vous êtes certain d’écrire vrai, d’écrire juste. D’écrire avec votre vérité, votre absolu. Qu’est-ce que vous diriez si vous saviez que vous n’aviez plus qu’une phrase à prononcer avant de mourir ? Laissez le désespoir rentrer, c’est finalement mieux écrire. Être sincère, honnête.

Écrire c’est aussi ne pas parler. C’est se taire. C’est hurler sans bruit. C’est reposant un écrivain, souvent, ça écoute beaucoup.

Je n’ai presque pas envie d’expliquer pourquoi cette phrase est cruellement vraie. L’écrivain est condamné. Parce que les mots sont dans sa tête et quand ils sont dits, ils perdent parfois leur sens, leur profondeur, leur vérité. Et un écrivain à besoin de se nourrir et de digérer pour mieux écrire. Alors souvent, il se tait. Et il écoute. Le monde est sa matière et sans matière, il n’y a pas d’histoires.

Un livre ouvert c’est aussi la nuit.

Même si cette phrase ne résonne pas trop chez moi elle semble être un triste bilan pour Marguerite Duras. Est-ce que son travail était son fardeau ? Est-ce que l’écriture était plus une torture qu’une passion ? Est-ce que le livre fermé c’est aussi le jour pour Duras ?

Et lire c’était écrire.

Oui Marguerite ! Savoir se nourrir et digérer les mots des autres. C’est aussi un cycle nécessaire à l’écrivain.

Cette oeuvre de Marguerite Duras c’est un peu comme une forêt tropicale. C’est luxuriant, un peu chaotique, on s’y perd, mais on y trouve aussi des fleurs superbes, lumineuses et rassurantes.