Écrire pour trouver un sens à la vie

Hier soir, en rentrant chez moi, j’ai eu une irrépressible envie d’écrire quelque chose. Peut-être parce que ça faisait plusieurs jours que je n’avais rien couché sur un traitement de texte (je suis en attente de mon éditeur pour retravailler Rachel Baker) ou peut-être parce que je sentais qu’il fallait que ça sorte aujourd’hui sinon j’allais craquer.

La première phrase de ce texte commence par “Je suis triste parce que la vie n’a pas de sens.”
Avec du recul je me rends compte que ce n’est pas très gai, mais c’est apparemment ce que j’ai eu envie d’écrire sur le moment. Puis “Ou peut-être qu’elle en a un mais je ne l’ai pas trouvé. J’ai parfois l’impression de remplir le vide comme je remplirais les pages blanches d’un carnet.” Là, j’aime beaucoup cette dernière phrase. En effet, je vois l’écriture comme un moyen de m’accomplir en tant que personne. J’ai cette peur étrange de mourir sans laisser un truc, quelque chose de moi après mon départ. J’ai toujours cherché un moyen d’expression, un moyen d’extérioriser mes idées, les images, les couleurs qu’il y avait dans ma têtee, et avant je le faisais à travers la photo. Aujourd’hui, je me sens bien plus comblée grâce à l’écriture car celle-ci va plus loin. La photographie est une chose figée, les mots bien qu’immobiles ont le pouvoir de bousculer l’imaginaire et de créer du mouvement, des pensées, des idées, en nous.

Voilà sans doute pourquoi j’écris. Pour que je puisse être soulagée de ces mots qui ne sortent pas ou ne trouvent pas leur place en société.

Dans le texte je parle de vide “obscur et terrifiant”. En effet, le vide est souvent terrifiant : peur des grands espaces, de l’Espace, des océans, de la solitude. Nous avons besoin de remplir, de nous entourer, d’accomplir des choses, de voyager, d’avoir un appartement avec des objets… Un écrivain (une personne qui écrit) remplit du vide aussi. C’est d’ailleurs ce que je suis en train de faire en écrivant ces lignes. Mais alors pourquoi le fait-il ? Envie, besoin ? Je me suis longtemps interrogée sur ce que j’avais envie de faire dans la vie, jusqu’à ce que le besoin décide à ma place. “Les mots ne trouvent souvent leur place que dans ma tête ou dans mes cauchemars. Parce que les dire tout haut c’est accepter qu’ils ne seront pas entendus ou pas compris. Alors ils restent là. Dans ma tête. Parfois sur un carnet. Écrire reste ce qu’il y a de mieux à faire.”
Voilà sans doute pourquoi j’écris. Pour que je puisse être soulagée de ces mots qui ne sortent pas ou ne trouvent pas leur place en société. Et, ce qu’il y a de merveilleux avec le livre (en tant qu’objet) c’est que celui qui se le procure décide de partir à la rencontre de celui qui l’a écrit, de ses mots et de ses idées. C’est ce que j’appelle un échange, même si la communication semble être dans un seul sens chacun est là pour donner et apporter à l’autre. L’écrivain parle, le lecteur écoute. L’écrivain écoute la vie, les autres, et retransmet. Le lecteur est alors peut-être, l’origine même des idées de l’écrivain.

“C’est compliqué parce que même si ces mots sont enfin couchés cela ne me soulage toujours pas. Je me demande si un jour je serais soulagée du poids de ce que je ne dis pas. Du poids de ce qui est dans ma tête.” Oui, car sait-on quand un écrivain a terminé ? Y a t-il un maximum de choses que l’on peut dire ou raconter ? Peut-être qu’un écrivain ne fera qu’un seul livre, car il aura réussi à sortir ce qu’il avait à sortir, ou bien en écrira-t-il des dizaines et des dizaines sans jamais parvenir à calmer ce douloureux besoin.

Aujourd’hui, je sais pourquoi j’écris. Le désir était peut-être différent il y a quelques années, mais l’écriture s’est invitée toute seule, qu’elle assume désormais que je lui ai enfin trouvé une utilité dans ma vie ! Écrire pour ne plus avoir de vide, écrire pour effacer les peurs, écrire pour parler, écrire pour trouver sa place, écrire pour ne pas se sentir seul, écrire pour laisser quelque chose derrière soi, écrire parce que c’est comme ça.