UNE FEMME SUR LA ROUTE

Elle roulait depuis plusieurs jours en direction de nulle part. L’asphalte brulant transformait les paysages en images mouvantes. Elle avait envie de fumer, alors qu’elle avait déjà une cigarette à la bouche. Peut-être s’arrêterait-elle dans une heure, peut-être à la tombée de la nuit. Pourquoi elle devrait se décider maintenant ? Elle laisserait la vie décider pour elle.

Son visage était couvert de grains de poussière, de grains d’abandon, de coups de soleil, de coups durs. Elle aurait aimé voir surgir au loin le cowboy Marlboro, sur son cheval bru et ses sabots dressés comme une menace à quiconque penserait pouvoir en découdre. Elle était ce cowboy, insaisissable, libre, puissant. Personne ne la trouverait maintenant.

Où était-elle ? Tout ce qu’elle savait c’est qu’elle avait déjà brûlé plusieurs kilomètres de route depuis son départ. L’Arizona semblait n’avoir jamais de fin. L’est ou le nord, ça n’avait plus d’importance. Elle était partie. Et elle ne reviendrait jamais.

Les étoiles. Elles étaient arrivées sans prévenir celles-là ! La jauge à essence ne lui laissait plus le choix de toute façon, tout comme ses paupières qui se fermaient après chacun de ses bâillements. Mets la gomme.

Pustule abimée au milieu du néant, elle l’avait accueillie comme un sanctuaire crasseux. C’était un motel pas cher, parfait. La literie était usagée mais lui tendait les bras comme une mère rassurante. Allonge-toi. Oublie. Tout est derrière toi maintenant.

Elle s’était libérée du joug des hommes, des Hommes, des femmes, des gens. Nouvelle vie. Et si elle changeait de prénom ? Pour l’instant, elle fumait. À travers les volutes bleues, elle voyait le plafond. Elle préférait voir les étoiles alors elles ne se firent pas attendre. Les constellations étaient là pour elle ce soir, pour personne d’autre. Tais-toi, regarde. Elles sont là pour toi, reine. Tu les as tant mérité. Alors, elle se sentie décoller. Elle était dans les étoiles, elle était les étoiles. Enfin, la paix. La paix qu’elle avait attendue. Il ne lui manquait rien. Ou peut-être juste une chose. Celui qu’elle avait aimé. Celui qui l’avait amené ici. Il apprendrait à lui pardonner. Maintenant qu’il était dans les étoiles, il voyait ce qu’elle lui avait offert. Tu vois, tu es dans un monde meilleur. Pourquoi tu ne me remercies pas ? Elle tira sur sa blonde, sourire aux lèvres. Elle était libérée du joug de l’amour. L’acier était froid depuis longtemps, mais elle l’avait senti brulant pendant plusieurs minutes après qu’il eût déchargé sa poudre pour l’envoyer dans les étoiles.

Ne pleure pas, tu es reine maintenant.

Ne pleure pas, la route est encore longue.

Ce texte provient d’un exercice d’écriture. 1 musique, 30 min, 1 seul jet + corrections.